Séminaire de Recherche en Didactique et Epistémologie des Mathématiques
Thursday 23 April 2026 à 17:00 - SC 36.04 (Campus Triolet)
Marie-José Durand-Richard (MCF honoraire Paris 8 Vincennes Saint-Denis, Chercheuse associée, Laboratoire SPHERE, CNRS, Université Paris Cité)
Mécanisation de la cryptographie – Mathématisation de la cryptanalyse
Longtemps marquée du sceau du secret, la cryptologie reste difficile à appréhender dans son historicité. Et la dissimulation des méthodes a longtemps freiné leur diffusion. Comme toute discipline récemment constituée, elle tend à se lire rétrospectivement, transformant ses acteurs en précurseurs de ce que la cryptologie est aujourd’hui, une discipline académique fortement investie par les mathématiques. Pourtant, le travail des cryptologues s’est d'abord appuyée sur la technicité d’objets matériels avant que leur pratique ne soit théorisée. Si Babbage décrypte le chiffrement polyalphabétique par une analyse du chiffrement à partir d’un message fabriqué à cet effet, la mise en place de réseaux matériels largement accessibles (télégraphe, téléscripteur, téléphone, informatique) a joué un rôle moteur fondamental pour imposer de nouvelles exigences aux formes de transmission des messages. Les lois de Kerckhoffs (Auguste Kerchkoffs, La cryptographie militaire, 1883), le “one-time system” de Gilbert Vernam (1890-1960), ingénieur chez ATT en 1917, les travaux des mathématiciens polonais et de Bletchley Park sur le décryptement d'Engima, le rapport de Claude Shannon (1917-2001) théorisant la communication dans les échanges secrets (1946-49), jusqu'aux travaux de Horst Feistel (1915-1990) sur le chiffrement par blocs, sont ici examinés au regard de la mise en place de ces réseaux de transmission, aboutissant à la définition mathématique d’un système cryptographique.
